Le plus ancien beffroi de Belgique

L'asbl Tourisme et Culture a édité en septembre 2002, dans le cadre de la réouverture du beffroi après dix ans de travaux de rénovation et d'aménagement, un coffret souvenir et un livre consacré à ce prestigieux monument qu'est le beffroi.


Madame Mireille Dujacquier et Monsieur Alain Mauchard (+) ont réalisé la monographie de ce livre dont vous trouverez ci-dessous les deux premiers chapitres.

Ce livre est disponible à la vente à l'Office du Tourisme, en quatres langues (français-néerlandais-anglais-allemand).
Ville de Tournai - Reproduction interdite
 
Chapitre I : Des beffrois et des villes
 
 
Le beffroi est perçu dans les villes de Belgique et du Nord de la France comme l'emblème des libertés communales. Un attachement réel lie les habitants de nos régions à ces bâtiments.

Les Tournaisiens n'échappent pas à la règle : ils sont à juste titre fiers de posséder un des plus vieux et des plus beaux beffrois de Belgique. Les plus alertes se font un plaisir d'escalader les 257 marches qui les conduisent au sommet d'où ils admirent le panorama. Beaucoup savent que les salles du beffroi servaient de prison. Certains connaissent des épisodes de son histoire qu'ils sentent intimement mêlée à celle de la ville.

Avec la dernière campagne de restauration entreprise en 1992, les salles du beffroi s'ouvrent au public. Dès lors, nous avons voulu retracer l'histoire du monument à travers les siècles et montrer quel était effectivement son rôle. En effet, le beffroi n'est pas qu'un symbole, un emblème : il remplit des fonctions bien réelles.

Qu'il soit isolé (Tournai) ou tour intégrée au bâtiment de l'hôtel de ville (Dixmude) ou encore à celui de la halle-aux-draps (Ypres), le beffroi était partout une tour qui supportait des cloches civiles par la voix desquelles les magistrats communaux informaient les habitants des centres urbains : le beffroi était un moyen de communication de masse. Il mesurait le temps et rythmait la vie économique et sociale des cités.

Le beffroi était aussi une tour de guet d'où les veilleurs scrutaient l'horizon et annonçaient l'approche de l'ennemi ou, fléau très redouté au Moyen Age, le début d'un incendie.

Le beffroi veillait sur la sécurité des citoyens et il n'est dès lors pas étonnant qu' un dragon surmonte le beffroi de Tournai puisque cet animal, réputé toujours en éveil, symbolise la protection, la vigilance.
 
Le droit de cloche est un privilège octroyé à une ville par son seigneur.

C'est le roi de France, Philippe Auguste, qui accorde ce droit à Tournai, sans pour autant renoncer à y exercer sa souveraineté. Bien au contraire, Tournai devient vassale collective et directe du roi dont les armes flottent en haut du beffroi. La tour symbolise un double mouvement de dépendance : un mouvement descendant du Magistrat sur les administrés et un mouvement ascendant de la ville vers le souverain.

Si beaucoup de beffrois servent à protéger les archives les plus précieuses des villes, ce n'est pas le cas à Tournai où l'on préfère la Tour des Six, à côté de la Halle des Consaux (Hôtel de Ville qui se trouvait à l'emplacement de l'actuel Conservatoire de Musique, place Reine Astrid).

Les magistrats tournaisiens, qui ont le droit de rendre la justice, enferment les inculpés en attendant leur jugement dans différentes tours de la Ville et notamment au beffroi qui joue donc un rôle judiciaire.

Nous reviendrons dans la suite de ce livre sur ces différentes fonctions du beffroi après avoir retracé son histoire, longue de huit siècles, et qui est aussi celle de la ville elle-même.
 
Chapitre II : Le bâtiment au fil du temps
 
 
L'acte fondateur du beffroi de Tournai est signé en 1188 par le roi de France, Philippe Auguste.

Par l'article XXXVI de la Charte qu'il octroie aux Tournaisiens, il les autorise 'd'avoir une cloche, dans la cité, en un lieu convenable, pour convoquer les bourgeois quand les affaires de la ville le requerront'.

Au XIIIème siècle

Les documents manquent pour dater précisément le début de la construction mais dès 1217, on y sonnait deux cloches.

Cette tour carrée, n'excédant pas trente mètres*, surmontée de l'échauguette du veilleur a peut-être été construite sur l'emplacement d'une tour de l'ancienne enceinte romaine : aucune preuve archéologique n'est venue étayer cette affirmation. Seules des fouilles conduites au pied du beffroi pourraient le confirmer.

En 1294, les magistrats de la ville décident de rehausser et de consolider le bâtiment car le guetteur ne peut plus remplir son office. La ville s'est agrandie au point que l'enceinte construite à la fin du XII ème siècle, début du XIII ème siècle, ne suffit plus à protéger l'agglomération : une nouvelle enceinte est en construction qui dilate l'horizon du guetteur. De plus, l'édification du choeur gothique de la cathédrale lui barre la vue dans la direction du nord. Peut-être faut-il voir là aussi une pointe de rivalité entre le pouvoir religieux et le pouvoir laïc, tous deux soucieux de leur prestige.

Il semble bien que dès cette époque, le beffroi était muni de deux galeries crénelées, de quatre statues en pierre et d'un campanile flanqué de tourelles et surmonté d un dragon : c'est ainsi qu'il apparaît en tous cas sur des sceaux de la Ville appendus à des chartes de 1363, 1371 et 1373.
 
Au XIVème siècle

En 1391, un incendie, sans doute provoqué par un prisonnier détenu dans la tour, détruit partiellement le beffroi, obligeant le Magistrat à entreprendre sa restauration.

Aussi, les travaux sont entamés ; ils sont menés rondement et les comptes en sont minutieusement vérifiés et consignés par les autorités communales.

En 1397, une grande fête est organisée pour marquer la fin des travaux. La population est associée aux festivités au cours desquelles le Magistrat jette des miches de pain aux enfants du haut du beffroi.

De nouvelles cloches sont fondues pour remplacer celles qui ont disparu dans l'incendie. Les figures qui décorent le sommet (dragon, sirènes, tritons, bannières) sont dessinées, fondues et dorées à l'or fin. Mais la ville manque d'argent car de grandes dépenses ont été engagées pour l'édification des remparts, l'amélioration des ponts et la construction d'une chapelle dans la Halle des Consaux. Aussi, faut-il demander au roi l'autorisation de lever des taxes et de lancer un emprunt. Charles VI accepte et renonce même à percevoir la totalité de la somme que la Ville lui payait annuellement. Le soin, la diligence et l'effort financier exigés par cette restauration montrent l'importance accordée au beffroi par la communauté urbaine.
 
Au XVème siècle

Entre 1443 et 1460, les statues surmontant les tourelles d'angles sont remplacées : un contrat signé par la ville avec un tailleur de pierre en fait foi. Le peintre Henri de Warnetiel est chargé de les peindre.

Aux siècles suivants, Tournai change plusieurs fois de main : la ville sera anglaise sous Henri VIII (1513-1518), puis française sous François I er (1518-1521), puis espagnole sous Charles Quint et ses successeurs, pour être reprise en 1667 par le roi de France, Louis XIV.
 
Au XVIIIème siècle

Entre 1709 et 1748, la France et l'Autriche se disputent la ville qui restera autrichienne jusqu à la fin du XVIII ème siècle.

L'aspect extérieur du beffroi ne connaît pas de modification au cours de cette période. Le beffroi continue à participer à la vie de la ville et à exercer ses multiples fonctions à l'occasion des nombreux sièges subis par la cité, des joyeuses entrées des nouveaux souverains et des troubles provoqués par la politique centralisatrice de ces derniers. Les cloches du beffroi n'ont pas chômé...

Les dernières années du XVIII ème siècle et le début du XIX ème sont pour la ville fort mouvementés. L' agitation politique de l'époque a des répercussions sur le beffroi qui subit bien des avatars.

En effet, en 1782, pour commémorer la visite faite en 1781 par Joseph II, empereur d Autriche et souverain de nos régions, la ville décide de remplacer le dragon par un globe terrestre surmonté de l'aigle autrichienne. En même temps, les créneaux de pierre sont remplacés par une balustrade de fer, objet de futures contestations.

En 1792, les troupes françaises pénètrent à Tournai. L'aigle autrichienne, symbole à leurs yeux de la tyrannie vaincue, est démontée. Elle sera conduite à Paris, promenée dans les rues de la ville, puis exposée à la Convention où elle est l'objet d'insultes. Au faîte du beffroi, pour remplacer l'aigle, on installe un bonnet phrygien, symbole de liberté. Cependant, dès 1793, les Autrichiens se sont ressaisis, ils reprennent Tournai : le bonnet phrygien, qui leur rappelle de mauvais souvenirs est aussitôt enlevé et remplacé par une insignifiante bannière triangulaire (elle restera en place jusqu' en 1883, accordant au beffroi un peu de répit après toute cette agitation).
 
Retrouvez la suite dans le livre....
 
Source : 'Le plus ancien beffroi de Belgique' - Auteurs : Mireille Dujacquier et Alain Mauchard (+) - Graphisme : Michel Legay - Edition : Tourisme Culture asbl - 09/2002