Les lauréats du concours "Prix artistique 2021" sont connus. Le "Prix artistique international a été attribué à Amélie Scotta. Le "Prix jeune artiste de la Wallonie picarde" a été décroché par Robin Dervaux. Et le "Prix coup de coeur de la maison de la culture a été décerné à Diego D'Onofrio. Les oeuvres des trois artistes plasticiens récompensés ainsi que celles de huit autres participants seront exposées dans la cave de l'office du tourisme jusqu'au 31 octobre.

Démarches artistiques des vainqueurs :

Amélie Scotta : "Je me définis par un ensemble de lieux : j'ai déménagé une vingtaine de fois en quinze ans, fréquentant divers logements et quartiers. Mon travail s'inspire de ce milieu urbain dans lequel j'évolue, évoquant un monde violent dans ses contradictions et ses inégalités sans évacuer une certaine forme de poésie. Par le dessin principalement, je cherche à entrer dans la structure de ce qui m'entoure et à créer des connexions. Travaillant de manière lente et obsessionnelle, je privilégie ce médium pour sa simplicité matérielle et sa richesse infinie. J'utilise la ligne et la géométrie comme structures de mes œuvres, comme instruments, mais aussi pour évoquer des notions de déplacement, de cheminement ou de répétition. Ces recherches plastiques, convoquant de manière forte le temps et l'espace, m'amènent progressivement vers un dialogue de plus en plus prégnant entre le dessin et la sculpture. Mon travail confronte également la monumentalité des bâtiments et les détails de leur construction comme un rappel de la masse humaine des villes pesant sur chacun de ses habitants. Nos décors urbains font se côtoyer la démesure de certains projets et la prolifération des petits espaces où les vies individuelles se jouent derrière les rideaux, rythmées par une dynamique dont on ne sait plus si l'humain en est resté le maître ou en est devenu l'automate. C'est donc à travers l'architecture que je cherche à faire jaillir aussi bien la beauté de la création que la violence de nos constructions".

Robien Dervaux : "Le grand brasier est une série de peintures qui fait écho à trois souvenirs proches ou lointains, chacun intimement liés au feu et à ma perte. À trois reprises, la mort s'approcha de moi par surprise : premièrement, lorsque enfants, mon frère lança une bonbonne de gaz dans un feu, alors que nous observions du plastique se rétracter au contact de la chaleur du brasier. Mais aussi quand l’auto-combustion d’un ballot de paille détruisit la ferme voisine. Enfin, lorsque je me suis, un matin, réveillé dans un orage perçant le ciel de ses éclairs, au sommet d’une montagne alpine. C’est comme si, dans mon souvenir, la vie cherchait à tout prix à me brûler. Cette série est une tentative de reconstitution de l’espace physique de ces souvenirs, une tentative d’atteindre ce qui a potentiellement existé. Le feu a pour but de poser une base immatérielle sur le support et ensuite, le souvenir se révèle par extraction de la matière. C'est ainsi que derrière l’abstraction des brûlures se cache la forme figurative du souvenir".

Diego D’Onofrio : "Voilà ... que je termine mon bachelier en arts visuels, à Arts2, Mons, dans l’option "Image Dans le Milieu". Ces trois dernières années ont modifié mon rapport au monde ainsi que ma sensibilité au travail. Dans mes recherches, je me questionne sur le geste et sa trace. Cinq années durant, j’ai pu travailler dans une industrie en tant qu’ouvrier. En 2020 lors des vacances d’été à Seneffe, j’ai effectué un job étudiant dans une usine métallurgique, celle où mon père a commencé à travailler à mon âge, celle où il travaille toujours. Depuis trois ans, je pose un regard différent sur toutes ces formes, ces bruits, ces odeurs, ces matières, ces couleurs, ... Et puis toutes ces personnes répétant inlassablement les mêmes gestes à longueur de journée, depuis plusieurs dizaines d’années. Ces gestes qui se confondent presque avec ceux des machines si rigoureuses, si fortes, si attentionnées.

Mon job : Prendre une bobine de 15kg de fil métallique ; l’emballer dans un sachet de plastique ; placer le tout dans une boîte en carton que j’avais préalablement confectionné en collant la partie inférieure à l’aide d’un pistolet à colle ; ajouter une petite pastille jaune empêchant la rouille ; refermer la boîte à l’aide du pistolet à colle. Qu’est-ce qu’une machine n’aurait pas pu faire à ma place ? Voilà".

Prix Artistique 2021 Amélia Scotta